Une rencontre magique : Visite à Rushaki (Rwanda)

Récemment j’ai eu l’occasion de voyager en Afrique pour réaliser un documentaire.
Nous sommes passés par différents pays, chacun possédant sa magie, chacun avec son paysage particulier,  le charme de sa population, ses coutumes, mais sans aucun doute, l’un d’entre eux a été spécial pour moi : Rwanda.

Lorsque j’étais enfant et étudiais au collège de la Sainte Famille à Aranjuez, les sœurs de cette congrégation ouvrirent une maison pour aider les gens du Rwanda à s’en sortir après le génocide de 94.
Souvent au collège, j’entendis parler d’un lieu perdu en Afrique (quelque chose qui m’apparaissait comme très grand, très lointain), j’entendis parler de Rushaki.

Les années de collège passèrent, et avec elles, l’histoire de Rushaki resta emmagasinée dans quelque recoin de ma tête, jusqu’au moment où dans mon travail, nous avons commencé à organiser le voyage au Rwanda.
Mon émotion à l’idée de connaître enfin ce que signifiait Rushaki était énorme. Mais après diverses propositions à mes chefs, l’idée resta un peu en l’air.

Nous avons commencé notre voyage d’abord par la Mauritanie, puis différentes régions du Kenya et enfin le Rwanda.
Quand nous sommes arrivés, nous avions à moitié tracé un itinéraire de voyage. Mais une fois là, je ne pouvais m’enlever de la tête l’idée d’aller à Rushaki. Je demandai à mon chef s’il me donnerait une journée libre pour pouvoir y aller et à la fin, il fut décidé que nous irions tous.

Le voyage fut plein d’émotions et l’envie d’arriver fit qu’il me parut terriblement long. À chaque virage de la route, chaque colline par laquelle nous passions, j’espérais rencontrer un panneau indiquant Rushaki. Je me sentais comme un enfant qui attend avec impatience l’arrivée de son meilleur ami, ou qui attend d’ouvrir un cadeau devant lui depuis longtemps. Je ne cessais de regarder par la vitre ce paysage si magique, si beau et si plein de contrastes. D’un côté le rouge de la terre, profond, de l’autre le vert intense des plantes, l’odeur des bois d’eucalyptus, les motifs que chaque parcelle cultivée dessinent sur les collines, comme si c’était d’ immenses patchworks.


Un paysage si beau et une histoire si triste que celle de cette terre, de ces gens…

En chemin nous sommes passés par de nombreux villages, hameaux. Partout les gens sortent à notre rencontre, courent à nos côtés, nous saluent. Nous poursuivons notre chemin…Enfin nous arrivons à un petit village : Rushaki.

Mes compagnons restèrent à filmer le paysage et je partis à la recherche de la maison des sœurs, je regardais toutes les maisons : sera-ce celle-ci ? ou celle là?Enfin je frappai à une porte et une dame de petite taille me regarda et se mit à crier :« Rebecca! Maria, regarde , Rebecca est arrivée. »

C’était Joaquina. Je ne les connaissais pas directement, ni elles ne me connaissaient mais me sentir chez moi, me sentir si bien accueillie, par des personnes que je ne connaissais pas mais qui en même temps étaient comme de ma famille, me procura une intense émotion. Je ne les avais pas avisées que j’allais venir les voir, mais elles le savaient, elles m’attendaient. Elles ne savaient pas exactement quel jour, mais elles savaient que je viendrais.
Elles me firent visiter toute la maison, et elles m’emmenèrent chercher M. Jesús., une autre sœur espagnole qui donnait une catéchèse familiale.
Quand nous arrivâmes à la petite maison où elle se trouvait, elles me dirent « regarde, c’est la petite maison d’Aranjuez ». Cela résonna en moi de manière si jolie!C’était la petite maison construite avec l’argent que nous avions recueilli durant les années de collège, et maintenant, elles l’appelaient ainsi : « la petite maison d’Aranjuez ». Revinrent à ma mémoire les briques que nous dessinions tandis que nous récoltions l’argent pour ce projet au Rwanda, quelque chose de si loin alors et qui maintenant prenait vie, prenait sens.

Tout en nous promenant, elles nous racontèrent leur arrivée, la quantité de morts q’elles avaient trouvés, comment elles avaient travaillé cette terre et formé les femmes pour qu’elles puissent faire vivre leur famille grâce à leurs récoltes; comment elles avaient aidé beaucoup de gens à se remettre debout à une époque de massacres atroces; comment elles avaient réussi à ce qu’un enfant du village laisse sa machette pour un appareil photo; comment elles aidaient les malades et ceux qui étaient le plus dans le besoin.

La force de tous ces gens, des sœurs de la sainte Famille nous impressionna…Quelle vitalité, quelle énergie et quelle belle mission, si importante!…

Le soleil déjà se couchait et les sœurs nous invitèrent à goûter des petits pains faits par elles-mêmes dans leur four à bois accompagnés d’une confiture maison qui était un délice. Ensite elles allumèrent les lanternes qu’elles utilisent pour s’éclairer (car l’électricité n’arrive pas jusqu’ici) et les deux sœurs rwandaises de la communauté nous chantèrent une très jolie chanson avec leurs instruments.

Le temps des adieux arriva, il nous fallait entreprendre le chemin du retour.
Mes compagnons me remercièrent de les avoir amenés là. Cela valait la peine. J’avais enfin compris ce qu’était Rushaki: une rencontre magique.

Extraits de l’article de Rebeca Baeza
Ancienne élève du Collège
d’Aranjuez (Madrid)

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